Sacré non-verbal

La semaine dernière, une personne a plusieurs fois attiré mon attention (et celle des autres, bonjour le rouge aux joues), sur le fait que je pointais l’index en m’adressant à elle. Il semble que cela ait été interprété comme agressif, et dans tous les cas elle l’a ressenti comme tel.

Nous parlons souvent du non-verbal comme d’un tout homogène. Une sorte de langage universel qui nous renseignerait de façon certaine sur la posture, et par là, sur les intentions de notre interlocuteur. En maïeusthésie, nous nous fondons beaucoup sur ce non-verbal, à la fois pour déchiffrer les émotions de la personne, mais aussi pour entrer en communication avec l’être qu’elle est, et avec les êtres qu’elle rencontre au cours de la séance.

Mais je prends conscience que nous n’apprenons pas, de façon explicite, les nuances de ce langage. Certains d’entre nous sont particulièrement « doués », parce qu’ils vivent dans un milieu où on l’emploie beaucoup, et de façon significative. D’autres sont plus en difficulté, soit parce qu’eux mêmes ne sont pas très expressifs physiquement, soit parce qu’ils sont incapables de déchiffrer les expressions d’autrui (caractéristique fréquente chez les personnes entrant dans le spectre autistique). Ils peuvent aussi venir d’une famille où cette faculté est peu développée.

Dans le non-verbal, je ferais entrer

  • la posture du corps (place occupée dans l’espace, rectitude, orientation du bassin et des épaules, position des jambes, ancrage des pieds au sol, ancrage du postérieur dans le siège, angle du buste par rapport à l’interlocuteur)
  • les gestes (croiser/décroiser les jambes, soupirer, gestes des mains en appui aux mots du discours, tics nerveux, gestes systématiques des mains, gestes de ponctuation de la phrase, gestes d’interruption, de demande d’attention, de dénégation, désignation, etc)
  • les expressions du visage (rire, sourire, moue dubitative, surprise, colère, crispation, regard soutenu avec crispation, regard soutenu avec abandon, larmes, etc)

Au Japon, il est impoli de dire un non sec, alors on l’enrobe dans une périphrase. Au Maroc aussi. Traditionnellement, on prend le temps, et il faut avoir au moins bu le thé sinon pris un repas ensemble, pour pouvoir parler affaires, privées ou commerciales. Mais on sait aussi que dans certaines cultures africaines dont j’ai oublié le nom, hocher la tête de bas en haut signe la négation. Ici, un visage inexpressif peut signer le désintérêt ou la condescendance. Au Viet-Nam, il est inconvenant pour une femme de rire la bouche ouverte. Ailleurs, il faut sourire de toutes ses dents pour témoigner de ses bons sentiments. Mais pas trop, selon son appartenance sociale, pour garder sa dignité. Dans la grande bourgeoise, on se tient droit. Dans un milieu populaire, cela s’appelle être guindé, rigide, coincé.

Il faudrait sûrement des vies entières pour explorer ce domaine, et il existe certainement des tas (au sens propre) de lectures à engranger pour s’en convaincre. Lectures que je n’ai pas faites, je n’ai donc personne à citer. Juste quelques expériences de vie dont le souvenir me renseigne sur la nécessité de la délicatesse d’âme quand on s’adresse à quelqu’un d’une autre culture.

Mais même dans nos groupes d’appartenance, le malentendu peut s’installer de façon inattendue, aussi je reprends mon exemple du début : l’autre jour, je point l’index vers la personne à qui je parle.

On peut interpréter ce geste de façon plus diverse que je ne l’ai imaginé sur le moment.

  • Désignation de la personne à qui on parle
  • Désignation de la personne à un groupe, sans implication morale
  • Stigmatisation
  • Demande d’attention
  • Demande de parole
  • Interruption

Je me rends compte à présent des nuances à apporter dans le geste :

  1. Si je pointe le doigt vers la personne, elle peut se sentir agressée, car on la désigne.
  2. Si je lève le doigt à 45° vers le haut dans le prolongement du coude, j’attire l’attention, je soutiens mon discours.
  3. Si le lève le doigt vers le plafond en levant légèrement le coude sans parler, je demande la parole.
  4. Si je décolle le coude en gardant la main un peu repliée, je demande la parole mais en laissant supposer que je ne me sens pas tout à fait légitime à l’obtenir tout de suite.
  5. Mais si je décolle largement le coude, ou même si je tends le bras, non seulement je suis légitime à le faire, mais si j’appuie par une expression impatiente, j’exige !

Je me place entre les propositions 1 et 2. Je tends le doigt vers l’avant, et j’oublie de casser un peu le poignet pour l’orienter vers le haut. Je me sais un peu décalée, mais pas trop handicapée sur ce plan, pourtant. Mais bref, il faut que je m’entraîne.

Nuances, nuances. Zone ténue d’ambivalence, d’intentions et d’interprétations diverses. Suivant les circonstances, les environnements et les codes, malentendus garantis.

Départs de feu par temps de canicule. Pauvres pompiers des dénégations, inefficaces avec leurs lances et leurs petits camions.

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