Soumission, jusqu’où ?

Là, je suis sûre que vous m’attendiez sur le pass sanitaire. Eh bien non !

Un article de Laurent Bègue-Shankland (professeur de psychologie sociale, Université Grenoble Alpes) dans The conversation, « Soumission à l’autorité : l’obéissance n’est pas ce que Stanley Milgram croyait », fait état de la mise au point de Dariusz Dolinsky sur les recherches de Milgram sur la soumission à l’autorité, c’est à dire sur les raisons pour lesquelles des participants à une expérimentation sont capables d’infliger de la douleur à des cobayes humains et animaux. Pour Milgram, c’était parce qu’on doute toujours un peu de la véracité de la souffrance imposée, et parce qu’elle l’est de façon graduée progressivement, ce qui permet de faire monter le seuil de notre acceptation. Selon les expériences de D. Dolinsky, c’est plutôt parce qu’on investit la science d’une autorité morale supérieure, qu’on est capable non seulement de s’y soumettre, mais de s’y investir activement, en cautionnant les moyens mis en œuvre pour vérifier des hypothèses. La souffrance est alors considérée comme un inconvénient certes dérangeant, mais mineur au regard des enjeux. Il pose donc la question de la contradiction entre cette attitude et la propension de plus en plus courante à désormais considérer l’animal comme un égal en droit, et Laurent Bègue-Shankland se demande alors comment nous allons nous arranger avec le dilemme moral qui en découle et se fait jour peu à peu dans nos sociétés.

Je fais le parallèle : en tant que patients, élèves, parents, public, nous acceptons assez facilement la maltraitance ordinaire dans le cadre institutionnel comme dans l’entreprise : le soignant, le formateur, le supérieur hiérarchique, est investi d’une autorité difficile à remettre en question, assis qu’il est du bon côté de la table, en quelque sorte. Et nous acceptons de nous soumettre à son autorité au nom de la confiance tacite accordée, malgré les désagréments occasionnés et les questions morales qu’ils soulèvent. Au point d’oublier parfois où en sont les limites, mêmes quand elles ont été clairement posées dans le discours. Cette délégation de notre libre arbitre nous met de fait en position de nous rebiffer trop tard.

Bien entendu la question est beaucoup plus complexe. Mais même si les études infirment l’effet d’engrenage par la dissonance cognitive, il n’en reste pas moins que contredire celui à qui on s’en est remis revient à dénoncer le marché implicitement accepté et reconnaître qu’on a manqué de clairvoyance, ce qui constitue une confirmation du bien fondé de la domination du point de vue de la victime et du bourreau. C’est bien fait, non ? (attention, pas dans le sens de « c’est mérité »,mais « la machine est bien huilée »!!)

De mon point de vue, (surtout quand je me laisse aller à un optimisme, disons, mesuré) il pourrait aussi s’agir d’une reconnaissance d’un ordre social fondé sur l’autorité, comme seul capable de régir le monde efficacement. La révolte alors ne serait que le signal qu’on est concerné de trop près pour ignorer les faits. Voilà qui fait froid dans le dos. J’aime bien me faire peur parfois, mais je me rassure, la lucidité n’empêche pas l’optimisme …

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