Alice

Ces jours-ci je relis Alice au pays des merveilles. Ce qui m’y attire c’est son mystère, sa réputation de problème de mathématiques. J’ai toujours pensé être absolument nulle en maths, mais l’idée me plait bien qu’on puisse parler de mathématiques sans chiffres.
Or la semaine dernière lors du colloque sur l’autisme organisé à Bergerac, nous avons revu le film sur et avec Hélène Nicolas, autiste non-verbale. Laissez-vous surprendre par Babouillec, c’est une découverte bouleversante. La voilà devant l’écran, attablée devant un alphabet en carton, répondant à nos questions de manière tour à tour délicate, résolue, ou même révoltée. Ses textes sont étonnants, sa réflexion profonde, sa poésie ajourée comme une dentelle et dense à la fois, son engagement pensé et assumé. Elle nous dit textuellement « je suis personnellement engagée à faire bouger les lignes du manque d’amour humain, et à dire merde à ceux qui croient savoir ». (phrase incomplète, il m’en manque un bout). La phrase émerge lentement des lettres posées sur la table, sans rature ni reprise.
Dans le documentaire, un mathématicien lui dit que les mathématiques sont souvent vues comme une tentative d’explication, alors qu’elles sont surtout l’art de poser des questions sur le monde.
Et pour la première fois, la lecture de Lewis Carroll en ressort tout à fait clairement comme un exercice de déconstruction de nos biais cognitifs. J’y retrouve mon bavardage intérieur, constant (dans le temps et l’intention). Comme le dit Hélène Nicolas, « ça fait des étincelles dans la boite à penser ». Imaginons simplement que la façon dont Alice perçoit le monde est souvent le quotidien de certaines personnes avec autisme, ce qui les empêche d’entrer dans le moule parce que tout est sans cesse en question, ce qui rend les exercices de maths difficiles parce que le problème est souvent mal posé, trop imprécis, avec trop d’implicites à questionner.
Comme c’est fatiguant, et comme c’est riche aussi, de passer son temps à vouloir contempler l’éléphant de tous les côtés à la fois. Autrement dit, la vie est vraiment trop courte pour ce qui demanderait tant de détours féconds.

Sur Alice au pays des merveilles :

Un avis sur « Alice »

  1. Alors que ma maison est en chantier, dedans et autour, ces pensées lues dans le matin gris et pluvieux me procurent une sensation de brise légère et parfumée. Oui, j’ose. Etre Alice un instant et faire l’ego buissonnier.

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